Un grand nom n’assure pas un récital d’exception

vendredi 9 juillet 2010 par Madeleine Stempin
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Anne-Sophie Mutter ; Lambert Orkis
© Harald Hoffmann / DG

La célèbre Anne-Sophie Mutter et son pianiste attitré Lambert Orkis étaient les invités de la Salle Pleyel ce jeudi 24 juin pour un récital très attendu du public parisien. Au programme, la Sonate en sol mineur de Claude Debussy, la Sonate en fa majeur de Félix Mendelssohn, la Troisième Sonate en ré mineur Op.108 de Johannes Brahms ainsi que la Fantaisie sur des airs de Carmen de Bizet Op. 25 de Pablo de Sarasate. Voici donc quelques uns des plus grands tubes des violonistes pour un programme varié qui a tout pour enchanter.

C’est pourtant une bien triste interprétation de la Sonate en sol mineur de Debussy qui ouvre le concert. La sobriété de la violoniste sur scène est appréciable : peu de cinéma, aucun geste superflu. Mais cette attitude se traduit musicalement par une interprétation trop sage, trop propre. Il est tellement dommage de ne pas mettre l’accent sur le caractère bien trempé de cette sonate teintée d’une touche tzigane. Anne-Sophie Mutter a certes un très joli son, notamment dans la luminosité des aigus, mais, musicalement, tout est froid et figé, ne fait rien ressentir. A l’opposé, Lambert Orkis s’impose dès les premières notes comme un parfait chambriste avec un son velouté qui se fond dans la sonorité du violon sans jamais le couvrir, et cette manière de rendre le discours musical limpide et évident.

Il faut alors attendre la Sonate en fa majeur de Mendelssohn pour découvrir une violoniste à l’aise et fidèle au style requis. Anne-Sophie Mutter nous offre enfin un violon mature avec une parfaite cohérence dans la construction des phrases musicales. Cette interprétation simple et légère convient parfaitement à la pièce. La violoniste ne cherche jamais à en faire trop et le résultat est d’autant plus touchant. Le second mouvement est très bien mené, toujours habité par un chaleureux vibrato, mais c’est certainement le troisième et dernier mouvement qui est le plus réussi. Les deux musiciens sont en parfaite concordance dans cet Assai Vivace des plus subtils, et ce, jusque dans les moindres détails. Il y a entre eux une grande complémentarité à la fois dans le discours et dans le son. Bref, une interprétation fine et séduisante.

Après un court entracte, les musiciens se lancent dans la Sonate pour violon et piano n°3 de Brahms. Cette interprétation est riche en contrastes et en profondeur, de magnifiques couleurs en émergent, parfois lumineuses et douces, parfois plus sombres, plus denses. Anne-Sophie Mutter nous propose de beaux graves, notamment dans les chants issus du deuxième mouvement, sonorités peu exploitées jusque là. La violoniste fait également preuve de beaucoup d’ampleur dans son jeu avec un archet fluide mais déterminé et un vibrato large et dramatique. Lambert Orkis conserve quant à lui un jeu d’une grande finesse et beaucoup de légèreté malgré cette écriture pianistique extrêmement dense qui pourrait aisément couvrir la violoniste. Les musiciens proposent également une gestion des tempi et des transitions remarquable, ce qui donne réellement l’impression de plénitude et de solidité propre à la musique de Brahms. Cependant, bien que tout à fait intéressante, cette interprétation reste un peu académique, un peu trop soignée. Elle aurait peu être gagné à être parfois plus passionnée et plus romantique.

Enfin, les musiciens sortent de la sonate pour nous offrir leur version de la Fantaisie sur des airs de Carmen de Bizet de Pablo de Sarasate. Comme dans la Sonate de Debussy, le manque de caractère est regrettable. Anne-Sophie Mutter propose une interprétation tout en élégance et en féminité, mais celle-ci est trop sage et nous lui préférons des versions plus emportées, moins « parfaites ». La violoniste fait cependant preuve d’une perfection technique irréprochable, particulièrement avec cette précision de main gauche redoutable. En accompagnement de cette pièce de virtuosité pure pour le violon, Lambert Orkis semble beaucoup s’amuser et transforme chacune de ses interventions en réplique théâtrale avec de nombreuses mimiques qui sont les bienvenues dans ce concert si sérieux.

Au final, bien qu’acclamée et rappelée une dizaine de fois par le public, Anne-Sophie Mutter nous laisse une impression mitigée. Son Elle a fait preuve d’une belle maîtrise et fait entendre du beau violon certes, mais du violon qui joue tout de la même manière, sans jamais sortir des sentiers battus, dans un programme mêlant pourtant des pièces de compositeurs très divers. Rien à dire en revanche, quant à l’excellence de Lambert Orkis au piano. Anne-Sophie Mutter ; Lambert Orkis

- Paris
- Salle Pleyel
- 24 juin 2010
- Claude Debussy (1862-1918), Sonate pour violon et piano en sol mineur
- Felix Mendelssohn (1809-1847), Sonate pour violon et piano en Fa majeur Op.4
- Johannes Brahms (1833-1897), Sonate pour violon et piano n°3 en ré mineur Op.108
- Pablo de Sarasate (1844-1908), Fantaisie Carmen
- Anne-Sophie Mutter, violon
- Lambert Orkis, piano




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