Dans l’ombre impériale de Diaghilev

dimanche 7 mars 2010 par Cyril Brun
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Yakov Kreizberg
DR

Le rocher brille à nouveau des talents conjugués des musiciens du Philharmonique de Monte-Carlo et de son chef. Après un début de saison difficile et malgré une retentissante Symphonie n°11 de Chostakovitch, la saison a eu du mal à s’installer. Mais dans l’ombre impériale de Diaghilev le concert de ce soir a revêtu l’excellence à laquelle Yakov Kreizberg et ses musiciens nous avaient habitués.

La Nuit sur le Mont Chauve fut un incroyable moment d’unité des pupitres dans les mains du chef, comme s’il jouait lui-même tous les instruments, comme un organiste joue l’orgue. Face à l’habituelle excellence des cordes basses à la fois dynamiques et profondes, on pouvait regretter cependant une certaine sécheresse des percussions. Les clarinettes et les flûtes surent donner beaucoup de relief sans jamais heurter l’équilibre. Les violons en revanche semblèrent absents tout au long du morceau, voire même sans âme sur la fin de la partition, compromettant l’intention dramatique du jeu des cloches tubulaires.

Cette impression léthargique des violons ne se retrouva cependant pas dans Petrouchka. L’orchestre y fut rien moins qu’excellent, impressionnant de précision, de vie. Dans la main de son chef, il enchaîna toutes les ruptures avec un tel à propos que jamais la tension qui conduit vers la fin de l’œuvre ne fut brisée. La beauté et l’équilibre des nuances, en soulignant les reliefs de l’œuvre renforcèrent encore cette tension dramatique à la fois légère et profonde. Les échanges entre instruments furent enchaînés avec une telle perfection qu’ils donnaient l’impression de n’émaner que d’une seule voix. C’est dans le troisième mouvement que cette précision révéla son secret : les instruments font plus que simplement se donner la réplique, chacun est à part entière pour lui-même et c’est cette force-là qu’il met au service des autres. Ainsi l’enlacement piano flûte entraîna-t-il l’auditeur, presque malgré lui au cœur même de cette extraordinaire construction de Stravinsky. Si la technique se révéla excellente, il fut évident ce soir-là que les musiciens n’ont pas mis que leur savoir faire dans les mains de Yakov Kreizberg, car c’est tout l’âme russe qui s’exhalait, libérée par un chef qui bien qu’exigeant ne bride pas ses musiciens, mais les invite à se livrer.

Moins impressionnante, la Symphonie n°1 de Tchaïkovski parut plus terne après Petrouchka, sans que l’on puisse en rien incriminer l’orchestre. Des questions de minutage ont décidé de sa position, décision qui ne pouvait lui être favorable. Cependant, après être entré dans l’œuvre, on put en découvrir toute la richesse, agréablement servie par les musiciens monégasques. Toutefois les changements de thèmes dans le premier mouvement semblèrent parfois juxtaposés, ce qui laissa une impression plus statique, moins dynamique. Au second mouvement, les violons sortaient mal des pizzicati des basses et on peinait à trouver l’unité. Sur le thème principal, le changement d’archet des violoncelles et des altos, trop perceptible, créa une rupture récurrente que l’excellence des cors fit fort heureusement oublier. Puis l’unité retrouvée, l’ensemble de l’orchestre s’élança avec un dynamisme que nourrissait le relief des nuances. Dans cet élan le finale fut remarquable, au diapason de cette soirée. Qui fut bien, selon les termes de Poulenc, « dans l’ombre impériale de Diaghilev ».

- Monaco
- Auditorium
- 28 février 2010
- Modest Moussorgsky (1839-1881), Une nuit sur le mont Chauve
- Igor Stravinsky (1882-1971), Petrouchka, version 1947
- Piotr Ilytch Tchaikovski (1840-1893), Symphonie n°1 en sol mineur Op. 13 « Rêves d’hiver ».
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.
- Yakov Kreizberg, direction.




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