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La résurrection du Mage à Saint-Etienne

mercredi 14 novembre 2012 par Emmanuel Andrieu
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Marcel Vanaud, Le Roi d’Iran
© Cyrille Cauvet

Créé avec succès à l’opéra Garnier en 1891, Le Mage de Massenet n’avait pourtant, jusqu’à ce jour, jamais connu à nouveau les honneurs de la scène (si on excepte une exécution de l’ouvrage à La Haye en 1896). La onzième Biennale Massenet vient de réparer cet injuste oubli, d’autant que cet opéra est une véritable pépite, principalement grâce aux sortilèges d’une orchestration d’un prodigieux raffinement.

S’il s’avère à ce point passionnant, c’est que Le Mage offre un triple intérêt, sur le plan culturel d’abord (goût de l’exotisme en cette fin de XIXème siècle), musical ensuite (perception d’une influence wagnérienne filtrée à travers l’expérience d’un orchestrateur subtil), et enfin structurel (volonté de donner naissance à un grand-opéra affranchi des pesanteurs meyerbeeriennes). De bout en en bout, même pendant le ballet, l’œuvre tient sans faiblir l’attention de l’auditeur, tantôt par l’aspect dramatique, oscillant entre grandeur et intimité, tantôt par la seule puissance de la musique et de la vocalité, laquelle exige ici un quatuor de grandes voix lyriques.

Annoncé souffrant, Luca Lombardo n’en a pas moins assuré, avec un bel aplomb, la tessiture redoutable du rôle-titre, conçue pour un ténor héroïque. Chanteur particulièrement fidèle à la Biennale Massenet depuis ses débuts - Roland en 1992 face à l’Esclarmonde de Denia Mazzola ou encore Alim dans Le Roi de Lahore en 1999 -, le ténor français continue à offrir une diction et un phrasé impeccables qui font particulièrement merveille dans le plus bel air de la partition « Soulève l’ombre de tes voiles ». Le public l’a chaleureusement remercié d’avoir sauvé la soirée au moment des saluts.

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Kate Aldrich, Varedha ; Jean-François Lapointe, Amrou
© Cyrille Cauvet

Si le rôle d’Anahita fut écrit pour Sybil Sanderson - soprano colorature célèbre en son temps -, il a été confié ce soir à une soprano dramatique, la chanteuse française Catherine Hunold. On déplorera un suraigu systématiquement crié et acide, mais il faut avouer, à sa décharge, que la tessiture de sa partie - à l’instar de celle du ténor - s’avère particulièrement ardue. A saluer, en revanche, une belle musicalité, une diction soignée et une sensibilité expressive de tous les instants.

Dans le rôle de Vardeha, la mezzo américaine Kate Aldrich rallie, quant à elle, tous les suffrages, n’éludant à aucun moment les exigences d’un emploi qui se rapproche, par nombre de ses composantes, d’un authentique falcon. Sur toute l‘étendue de la tessiture, la voix sonne parfaitement homogène, et on reste souvent coi devant son registre aigu souverain. Elle incarne, par ailleurs, avec beaucoup d’intensité dramatique ce personnage maléfique qui fait penser parfois à Amnéris, parfois à Ortud, notamment dans ses imprécations du IV. Elle convainc tout autant dans l’émouvant air du III « Descendons plus bas ».

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© Cyrille Cauvet

Jean-François Lapointe compose un solide et sonore Amrou, particulièrement saisissant dans son grand air du II « Patrie ! », Marcel Vanaud donne toute sa dimension au Roi d’Iran (en dépit d’une inévitable usure des moyens), tandis que Julien Dran et Florian Sempey s’acquittent plus qu’honorablement de leur partie.

Initiateur de cette éclatante résurrection, le directeur musical de la phalange stéphanoise Laurent Campellone rend parfaitement justice à la complexité de la partition de l‘enfant du pays, et en fait ressortir toute la sensibilité et la sensualité raffinées. L’extraordinaire force de sa lecture réside dans une volonté farouche d’inscrire l’ouvrage dans son temps, tout en soulignant les références musicales chères à l’imaginaire du moment. Saluons également l’attention constante que le jeune chef français porte à l’équilibre entre artistes (qu‘il couve du regard), chœur maison (magnifique !), et un Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire des grands jours.

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- Saint-Etienne
- Grand Théâtre Massenet
- 11 novembre 2012
- Jules Massenet (1842-1912), Le Mage, opéra en 5 actes. Livret de Jean Richepin.
- Catherine Hunold, Anahita ; Kate Aldrich, Varedha : Luca Lombardo, Zarâstra ; Jean-François Lapointe, Amrou ; Marcel Vanaud, Le Roi d’Iran ; Julien Dran, Prisonnier touranien, Chef iranien ; Florian Sempey, Chef touranien, Héraut.
- Chœur Lyrique Saint-Etienne Loire ; chef de chœur, Laurent Touche.
- Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire
- Laurent Campellone, direction






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